Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Gérard de Nerval

Moralité - Prose


Prose / Poémes d'Gérard de Nerval





Nuit profonde ! où suis-je? Au cachot.

Imprudent! voilà pourtant où t'a conduit la lecture de l'article anglais intitulé la Clef de la rue... Tâche maintenant de découvrir la clef des champs!

La serrure a grincé, les barres ont résonné. Le geôlier m'a demandé si j'avais bien dormi :

— Très bien ! très bien ! Il faut être poli.

« Comment sort-on d'ici?

— On écrira à Paris, et, si les renseignements sont favorables, au bout de trois ou quatre jours...

- Est-ce que je pourrais causer avec un gendarme?

- Le vôtre viendra tout à l'heure.



Le gendarme, quand il entra, me parut un dieu. Il me dit

— Vous avez de la chance.

— En quoi?

— C'est aujourd'hui jour de correspondance avec Senlis, vous pourrez paraître devant le substitut Allons, levez-vous.

— Et comment va-t-on à Senlis?

— A pied; cinq lieues, ce n'est rien.

— Oui, mais s'il pleut... entre deux gendarmes, sur des routes détrempées...

— Vous pouvez prendre une voiture. »

Il m'a bien fallu prendre une voiture. Une petite affaire de onze francs; deux francs à la pistole; en tout treize. 0 fatalité!

Du reste, les deux gendarmes étaient très aimables, et je me suis mis fort bien avec eux sur la route en leur racontant les combats qui avaient eu lieu dans ce pays du temps de la Ligue. En arrivant en vue de la tour de Montépilloy, mon récit "devint pathétique, je peignis la bataille, j'énumérai les escadrons de gens d'armes qui reposaient sous les sillons; ils 8'arrètèrent cinq minutes à contempler la tour, et je leur expliquai ce que c'était qu'un château fort de ce temps-là.

Histoire ! archéologie I philosophie ! Vous êtes donc bonnes à quelque chose.

Il fallut monter à pied au village de Montépilloy, situé dans un bouquet de bois. Là, mes deux braves gendarmes de Crespy m'ont remis aux mains de ceux de Senlis, et leur ont dit :

« Il a pour deux jours de pain dans le coffre de la voiture.

— Si vous voulez déjeuner? m'a-t-on dit avec bienveillance.

— Pardon, je suis comme les Anglais, je mange très peu de pain.



- Oh! l'on s'y fait. »

Les nouveaux gendarmes semblaient moins aimables que les autres. L'un d'eux me dit :

« Nous avons encore une petite formalité à remplir.

Il m'attacha des chaînes comme à un héros de l'Ambigu, et ferma les fers avec deux cadenas.

— Tiens, dis-je, pourquoi ne m'a-t-on mis des fers qu'ici?

— Parce que. les gendarmes étaient avec vous dans la voiture, et que nous, nous sommes à cheval. »

Arrivés à Senlis, nous allâmes chez le substitut, cl, étant connu dans la ville, je fus relâché tout de suite. L'un des gendarmes m'a dit :

s Cela vous apprrendra à oublier votrre passc-porrt une autrre fois quand vous sorrtirrez de votrre déparrtement. »

Avis au lecteur. J'étais dans mon tort... Le substitut a été fort poli, ainsi que tout le monde. Je ne trouve de trop que le cachot et les fers. Ceci n'est pas une critique de ce qui se passe aujourd'hui. Cela s'est toujours fait ainsi. Je ne raconte cette aventure que pour demander que, comme pour d'autres choses, on tente un progrès sur ce point. Si je n'avais pas parcouru la moitié du monde, et vécu avec les Arabes, les Grecs, les Persans, dans les khans des caravansérails et sous les tentes, j'aurais eu peut-être un sommeil plus troublé encore, et un réveil plus triste, pendant ce simple épisode d'un voyage de Meaux à Creil.



Il est inutile de dire que je suis arrivé trop tard pour la chasse à la loutre. Mon ami le limonadier, après sa chasse, était parti pour Clermont, afin d'assister à un enterrement. Sa femme m'a montré la loutre empaillée, et complétant une collection de bêtes et d'oiseaux du Valois, qu'il espère vendre à quelque Anglais.



Voilà l'histoire fidèle de trois nuits d'octobre, qui m'ont corrigé des excès d'un réalisme trop absolu; j'ai du moins tout lieu de l'espérer











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Gérard de Nerval
(1808 - 1855)
 
  Gérard de Nerval - Portrait  
 
Portrait de Gérard de Nerval


Biographie / chronologie

1808.

Œuvre

Si l'on excepte divers ouvrages dramaturgiques (Lara, 1833!; Léo Burckhart, 1839), l'œuvre de Nerval est essentiellement romanesque et poétique.