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Gérard de Nerval

Les doctrinaires - Poéme


Poéme / Poémes d'Gérard de Nerval





Oh! le
Vingt-sept juillet , quand les couleurs chéries,
Joyeuses, voltigeaient sur les toits endormis,
Après que. dans le
Louvre et dans les
Tuileries

On eut traqué les ennemis!
Le plus fort était fait... que cette nuit fut belle!
Près du retranchement par nos mains élevé,
Combien nous étions fiers de faire sentinelle

En foulant le sol dépavé !

O nuit d'indépendance, et de gloire et de fête!
Rien au-dessus de nous!... pas un gouvernement



N'osait encor montrer la tête :
Comme on sentait à tout moment *
L'esprit se déplier en immenses idées...
On était haut de sept coudées...
Et l'on respirait largement!



II



Ce n'est point la licence, hélas ! que je demande,
Mais, si quelqu'un alors nous eût dit que bientôt
Cette
Liberté-là, qui naissait toute grande,
On la remettrait au maillot!,..
Que des
Ministres rétrogrades,
Habitants de palais encore mal lavés

Du pur sang de nos camarades,
Ne verraient dans les barricades
Qu'un dérangement de pavés!...

Ils n'étaient donc point là, ces hommes qui, peut-être
Apôtres en secret d'un pouvoir détesté,

Ont tout haut3 renié leur maître

Depuis que le
Coq a chanté!...

Ils n'ont pas 4 vu sous la mitraille
Marcher les rangs vengeurs d'un
Peuple désarmé...

Au feu de l'ardente bataille

Leur œil ne s'est point allumé!



III



Quoi! l'Étranger, riant de tant de gloire vaine,

De tant d'espoir anéanti,
Quand on lui parlera de la grande semaine,

Dirait : «
Vous en avez menti? »
Le tout à cause d'eux!
Au point où nous en sommes...
Du despotisme encor... c'est impossible... non
A bas!
A bas donc petits hommes!

Nous avons vu
Napoléon!

Petits! —
Tu l'as bien dit,
Victor, lorsque du
Corse

Ta voix leur évoquait le spectre redouté,

Montrant qu'il n'est donné qu'aux hommes de sa force

De violer la
Liberté!

C'est le dernier ; nous pouvons le prédire 3

Et jamais nul pouvoir humain
Ne saura remuer ce globe de l'Empire

Qu'il emprisonnait dans sa main!



IV



Et, quand tout sera fait..., que la
France indignée
Aura bien secoué ces * toiles d'araignée

Que des fous veulent tendre encor;

Ne nous le chante plus,
Victor,
Lui, que nous aimons tant, hélas*! malgré des crimes
Qui sont, pour une vaine et froide
Majesté 5,
D'avoir répudié deux épouses sublimes,

Joséphine et la
Liberté !

Mais chante-nous un hymne universel, immense,
Qui par
France,
Belgique et
Caslille commence,
Hymne national pour toute nation :
Que seule, à celui-là, la
Liberté t'inspire,

Que chaque révolution

Tende une corde de ta lyre !











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Gérard de Nerval
(1808 - 1855)
 
  Gérard de Nerval - Portrait  
 
Portrait de Gérard de Nerval


Biographie / chronologie

1808.

Œuvre

Si l'on excepte divers ouvrages dramaturgiques (Lara, 1833!; Léo Burckhart, 1839), l'œuvre de Nerval est essentiellement romanesque et poétique.