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Gérard de Nerval

La rue du doyenné - Poéme


Poéme / Poémes d'Gérard de Nerval





C'était dans notre logement commun de la rue du Doyenné que nous nous étions reconnus frères

— Arcades ambo, — dans un coin du vieux Louvre des Médicis, — bien près de l'endroit 2 où exista l'ancien hôtel de Rambouillet.

Le vieux salon du doyen, aux quatre portes à deux battants, au plafond historié de rocailles et de guivres,

— restauré par les soins 3 de tant de peintres, nos «mis, qui sont depuis devenus célèbres, retentissait de nos rimes galantes, traversées souvent par les rires joyeux ou les. folles chansons des Cydalises.

Le bon Rogier4 souriait dans sa barbe, du haut d'une échelle, où il peignait sur un des trois 5 dessus de glace un Neptune, — qui lui ressemblait! Puis, les deux battants d'une porte s'ouvraient avec fraca3 : c'était Théophile 6. — On s'empressait de lui offrir un fauteuil Louis XIII, et il lisait, à son tour, ses premiers vers, — pendant que Cydalise Ire, ou Lorry, ou Victorine, se balançaient nonchalamment dans le hamac de Sarah la blonde, tendu à travers l'immense salon.

Quelqu'un de nous se levait parfois, et rêvait à des vers nouveaux en contemplant, des fenêtres, les façades sculptées de la galerie du Musée, égayée de ce côté par les arbres du manège.



Vous l'avez bien dit :



Théo, le souviens-tu de ces vertes saisons ui s'effeuillaient si vile en ces vieilles maisons, ont le front s'abritait sous une aile du Louvre?



Ou bien, par les fenêtres opposées, qui donnaient sur l'impasse, on adressait de vagues provocations aux yeux espagnols de la femme du commissaire, qui apparaissaient assez souvent au-dessus de la lanterne municipale.

Quels temps heureux! On donnait des bals, des soupers, des fêtes costumées, — on jouait1 de vieilles comédies, où mademoiselle Plessy, étant encore débutante, ne dédaigna pas d'accepter un rôle : — c'était celui de Béatrice dans Jodelel. Et que notre pauvre Edouard * était comique dans les rôles d'Arlequin *1

Nous étions jeunes, toujours gais, souvent riches 8... Mais je viens de faire vibrer la corde sombre : notre palais est rasé. J'en ai foulé les débris l'automne passée. Les ruines mêmes de la chapelle, qui se découpaient si gracieusement sur le vert des arbres, et dont le dôme s'était écroulé un jour, au xvme siècle, sur six4 malheureux chanoines réunis pour dire un office, n'ont pas été respectées. Le jour où l'on coupera les arbres du manège j'irai relire sur la place la Forêt coupée de Ronsard :



Écoule, bûcheron, arresle un peu le bras : Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ; Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoulle à force, Des nymphes, qui vivaient dessous la dure écorce?

Cela finit ainsi, vous le savez :

La matière demeure et la forme se perd I



Notamment dans le Courrier de Naples, du théâtre des grands boulevards.



Vers cette époque, je me suis trouvé, un jour encore, assez riche pour enlever aux démolisseurs et racheter deux lots * de boiseries du salon, peintes par nos amis. J'ai les deux dessus de porte de Nan-teuil ; le Walleau de Vattier, signé ; les deux panneaux longs de Corot, représentant deux Paysages de Provence; le Moine rouge, de Châtillon, lisant la Bible sur la hanche cambrée d'une femme nue, qui dort * 2; les Bacchantes, de Chassériau, qui tiennent des tigres en laisse comme des chiens; les deux trumeaux de Rogier, où la Cydalise, en costume régence, en robe de taffetas feuille-morte, — triste présage, — sourit, de ses yeux chinois, en respirant une rose, en face du portrait en pied de Théophile, vêtu à l'espagnole. L'affreux propriétaire, qui demeurait au rez-de-chaussée, mais sur la tête duquel nous dansions trop souvent, après deux ans de souffrances qui l'avaient conduit à nous donner congé, a fait couvrir depuis toutes ces peintures d'une conche à la détrempe *, parce qu'il prétendait que les nudités l'empêchaient de louer à des bourgeois. — Je bénis le sentiment d'économie qui l'a porté à ne pas employer la peinture à l'huile.

De sorte que tout cela est à peu près sauvé. Je n'ai pas retrouvé le Siège de Lérida, de Lorentz, où l'armée française monte à l'assaut, précédée par des violons ; ni les deux petits Paysages de Rousseau, qu'on aura sans doute coupés d'avance; mais j'ai, de Lorentz, une Maréchale poudrée, en uniforme Louis XV. — Quant au lit Renaissance, à la console Médicis, aux deux buffets ", au Ribeira ***, aux tapisseries des Quatre Éléments, il y a longtemps que tout cela s'était dispersé 1. « Où avez-vous perdu tant de belles choses? me dit un jour Balzac. — Dans les malheurs! lui répondis-je en citant un de ses mots favoris. »











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Gérard de Nerval
(1808 - 1855)
 
  Gérard de Nerval - Portrait  
 
Portrait de Gérard de Nerval


Biographie / chronologie

1808.

Œuvre

Si l'on excepte divers ouvrages dramaturgiques (Lara, 1833!; Léo Burckhart, 1839), l'œuvre de Nerval est essentiellement romanesque et poétique.