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François-Marie Arouet Voltaire

Azolan - Poéme


Poéme / Poémes d'François-Marie Arouet Voltaire





À son aise dans son village
Vivait un jeune musulman,
Bien fait de corps, beau de visage.
Et son nom était
Azolan.
Il avait transcrit l'Alcoran,
Et par cœur il allait l'apprendre.
II fut, dès l'âge le plus tendre,
Dévot à l'ange
Gabriel.



Ce ministre emplumé du ciel
Un jour chez lui daigna descendre : «J'ai connu, dit-il, mon enfant,
Ta dévotion non commune :
Gabriel est reconnaissant.
Et je viens faire ta fortune ;
Tu deviendras dans peu de temps
Iman de la
Mecque et
Médine ;
C'est, après la place divine
Du grand commandeur des croyants,
Le plus opulent bénéfice1
Que
Mahomet puisse donner.
Les honneurs vont t'environner
Quand tu seras en exercice ;
Mais il faut me faire serment
De ne toucher femme ni fille ;
De n'en voir jamais qu'à la grille2,
Et de vivre très chastement. »



Le beau jeune homme étourdiment,
Pour avoir des biens de l'Église,
Conclut cet accord imprudent.
Sans penser faire une sottise.



Monsieur l'iman fut enchanté
De l'éclat de sa dignité.
Et même encor de la finance
Dont il se vit d'abord payé
Par un receveur d'importance,
Qui la partageait par moitié.



Tant d'honneur et tant d'opulence
N'étaient rien sans un peu d'amour.
Tous les matins, au point du jour.
Le jeune
Azolan tout en flamme.
Et par son serment empêché,
Se dit, dans le fond de son âme,
Qu'il a fait un mauvais marché.
Il rencontre la belle
Aminé,
Aux yeux charmants, au teint fleuri :
Il l'adore, il en est chéri. «
Adieu la
Mecque, adieu
Médine ;
Adieu l'éclat d'un vain honneur,
Et tout ce pompeux esclavage ;
La seule
Aminé aura mon cœur :
Soyons heureux dans mon village. »



L'archange aussitôt descendit
Pour lui reprocher sa faiblesse.
Le tendre amant lui répondit : «
Voyez seulement ma maîtresse.
Vous vous êtes moqué de moi :
Notre marché fait mon supplice;
Je ne veux qu'Aminé et sa foi :
Reprenez votre bénéfice.
Du bon prophète
Mahomet
J'adore à jamais la prudence :
Aux élus l'amour il permet ;
Il fait bien plus, il leur promet
Des
Aminé pour récompense.
Allez, mon très cher
Gabriel,
J'aurai toujours pour vous du zèle;












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François-Marie Arouet Voltaire
(1694 - 1778)
 
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