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François de Vigny

Le cor - Poéme


Poéme / Poémes d'François de Vigny




I



J'aime le son du
Cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille,
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeuré,
J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré !
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des
Paladins antiques.

O montagnes d'azur! ô pays adoré!
Rocs de la
Frazona, cirque du
Marboré,
Cascades qui tombez des neiges entraînées,
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des
Pyrénées;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons,
Dont le front est de glace et le pied de gazons !
C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un
Cor mélancolique et tendre.

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,
De cette voix d'airain fait retentir la nuit;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au heu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte aux chants de la romance.

Ames des chevaliers, revenez-vous encor ?
Est-ce vous qui parlez avec la voix du
Cor ?
Roncevaux!
Roncevaux!
Dans ta sombre vallée
L'ombre du grand
Roland n'est donc pas consolée !



II



Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui.
Il reste seul debout,
Olivier près de lui,
L'Afrique sur les monts l'entoure et tremble encore. «
Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le
More;

«
Tous tes
Pairs sont couchés dans les eaux des torrents. »

Il rugit comme un tigre, et dit : «
Si je me rends,

«
Africain, ce sera lorsque les
Pyrénées

«
Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées. »

— •
Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les voilà. »
Et du plus haut des monts un grand rocher roula.

Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme,
Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.

— «
Merci, cria
Roland, tu m'as fait un chemin. »
Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main,
Sur le roc affermi comme un géant s'élance,

Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.



III



Tranquilles cependant,
Charlemagne et ses preux
Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.
A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées,
De
Luz et d'Argelès se montraient les vallées.

L'armée applaudissait.
Le luth du troubadour
S'accordait pour chanter les saules de l'Adour;
Le vin français coulait dans la coupe étrangère;
Le soldat, en riant, parlait à la bergère.

Roland gardait les monts; tous passaient sans effroi.
Assis nonchalamment sur un noir palefroi
Qui marchait revêtu de housses violettes,
Turpin disait, tenant les saintes amulettes :

«
Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu; «
Suspendez votre marche; il ne faut tenter
Dieu. «
Par monsieur saint
Denis, certes ce sont des âmes «
Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.

«
Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor. »
Ici l'on entendit le son lointain du
Cor. —
L'Empereur étonné, se jetant en arrière,
Suspend du destrier la marche aventurière.

«
Entendez-vous ! dit-il. —
Oui, ce sont des pasteurs «
Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs, «
Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée «
Du nain vert
Obéron qui parle avec sa
Fée. »

Et l'Empereur poursuit; mais son front soucieux
Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux.
Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe,
Le
Cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.

«
Malheur ! c'est mon neveu ! malheur ! car si
Roland «
Appelle à son secours, ce doit être en mourant. «
Arrière, chevaliers, repassons la montagne ! «
Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de

[l'Espagne! »



IV



Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux;
L'écume les blanchit; sous leurs pieds,
Roncevaux
Des feux mourants du jour à peine se colore.
A l'horizon lointain fuit l'étendard du
More.


Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent ?


J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant. «
Tous deux sont écrasés sous une roche noire;


Le plus fort, dans sa main, élève un
Cor d'ivoire, «
Son âme en s'exhalant nous appela deux fois. »

Dieu ! que le son du
Cor est triste au fond des bois !










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François de Vigny
(1570 - ?)
 
  François de Vigny - Portrait  
 
Portrait de François de Vigny


Biografie / cronologie

Conformément aux préoccupations constamment manifestées par l'écrivain, nous avons étendu cette chronologie dans la direction du passé, à la recherche de la noblesse des ancêtres, et dans celle de l'avenir, à l'écoute des échos de l'œuvre renvoyés par la postérité.

Bibliographie