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Francis Ponge

Un rocher - Poéme


Poéme / Poémes d'Francis Ponge





De jour en jour la somme de ce que je n'ai pas encore dit grossit, fait boule de neige, porte ombrage à la signification pour autrui de la moindre parole que j'essaye alors de dire. Car, pour exprimer aucune nouvelle impression, fût-ce à moi-même, je me réfère, sans pouvoir faire autrement, bien que j'aie conscience de cette manie, à tout ce que je n'ai encore si peu que ce soit exprimé.

Malgré sa richesse et sa confusion, je me retrouve encore assez facilement dans le monde secret de ma contemplation et de mon imagination, et, quoique je me morfonde de m'y sentir, chaque fois que j'y pénètre de nouveau, comme dans une forêt étouffante où je ne puis à chaque instant admirer toutes choses à la fois et dans tous leurs détails, toutefois je jouis vivement de nombre de beautés, et parfois de leur confusion et de leur chevauchement même.

Mais si j'essaye de prendre la plume pour en décrire seulement un petit buisson ou, de vive voix, d'en parler tant soi peu à quelque camarade, — malgré le travail épuisant que je fournis alors et la peine que je prends pour m'exprimer le plus simplement possible, — le papier de mon bloc-notes ou l'esprit de mon ami reçoivent ces révélations comme un météore dans leur jardin, comme un étrange et quasi impossible caillou, d'une « qualité obscure » mais à propos duquel o ils ne peuvent même pas conquérir la moindre impression ».



Et cependant, comme je le montrerai peut-être un jour, le danger n'est pas dans cette forêt aussi grave encore que dans celle de mes réflexions d'ordre purement logique, où d'ailleurs personne à aucun moment n'a encore été introduit par moi (ni à vrai dire moi-même de sang-froid ou à l'état de veille)...

Hélas! aujourd'hui encore je recule épouvanté par l'énormité du rocher qu'il me faudrait déplacer pour déboucher ma porte...











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Francis Ponge
(1899 - 1988)
 
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