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Francis Ponge

Phrases sorties du songe - Poéme


Poéme / Poémes d'Francis Ponge





A : « Coryza authentique,-pipe, et bulles d'eau. » B : « Chemise molle... sed... (ici un trou)... le venin s'allie aux quatre venins. — dame. »

Ces phrases ont été formées par moi en songe, m'y semblant parfaitement belles et significatives.

Il me sembla chaque fois que j'avais trouvé comme la pierre philosophale de la poésie. Il fallait que je la ramène au jour. La difficulté consistant alors à effectuer deux opérations à la fois : i° me réveiller; a0 ne pas perdre ma phrase en route. Exactement comme un sauveteur.

Je ne conservais ces phrases qu'en les répétant à chaque instant. Cette répétition n'était nullement mécanique. Il me fallait chaque fois faire un effort : en même temps prononcer fermement chaque mot et toutefois le faire assez vite, parce qu'il semblait que les mots s'éteignaient aussitôt que je les avais prononcés. Le malheur était que les efforts de cette répétition ne me laissaient, semblait-il, aucun loisir pour l'autre besogne, qui était de sortir du songe, de remonter au jour.



Mais si je cessais de répéter ma phrase elle replongeait soit entière, soit par morceaux, dans un fond sombre, sorte de représentation de l'oubli. Alors que dans le moment précédent, où il me semblait possible de la saisir, elle se trouvait en pleine lumière. (Il y aurait donc un milieu lumineux, un ciel du songe.)

Il me fallait alors replonger moi-même, c'est-à-dire me rendormir plus profondément, et comme attendre, ou parfois rechercher. On aurait dit que c'était par une sorte de coup de pied au fond que les mots perdus revenaient, remontaient à ma conscience. Je devais les attendre toujours un temps, celui qui leur était nécessaire pour aller rebondir au fond.

Enfin, après de nombreux efforts, je parvins comme on l'a vu à ressortir ces deux phrases, la partie centrale de la phrase B s'étant toutefois effondrée sans retour.

Quant à la qualité de ces formules, je renonce à en tenter le jugement. Pourquoi me parurent-elles si belles, si décisives?

Tout ce qu'on peut remarquer est, semble-t-il, que dans la première (A) toutes les voyelles sont représentées. La seconde (B) est rendue plus bizarre du fait que je la considérais non pas seulement comme digne du Dante, mais effectivement comme une citation de ce poète, — et cependant j'en étais très fier.











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Francis Ponge
(1899 - 1988)
 
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