Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Francis Ponge

La loi et les prophètes - Poéme


Poéme / Poémes d'Francis Ponge





« Il ne s'agit pas tant de connaître que de naître. L'amour-propre et la prétention sont les principales vertus. »

Les statues se réveilleront un jour en ville avec un bâillon de tissu-éponge entre les cuisses. Alors les femmes arracheront le leur et le jetteront aux orties. Leurs corps, fiers jadis de leur blancheur et d'être sans issue vingt-cinq jours sur trente, laisseront voir le sang couler jusqu'aux chevilles : ils se montreront en beauté.

Ainsi sera communiquée à tous, par la vision d'une réalité un peu plus importante que la rondeur ou que la fermeté des seins, la terreur qui saisit les petites filles la première fois.

Toute idée de forme pure en sera définitivement souillée.

Les hommes qui courront derrière l'autobus ce jour-là manqueront la marche et se briseront la tête sur le pavé.

Cette année-là, il y aura des oiseaux de Pâques.



Quant aux poissons d'avril on en mangera les filets froids à la vinaigrette.

Alors les palmes se relèveront, les palmes écrasées jadis par la procession des ânes du Christ,

De tous les corps, nus comme haricots pour sac de cuisine, un germe jaillira par le haut : la liberté, verte et fourchue. Tandis que dans le sol plongeront les racines, pâles d'émotion.

Puis ce sera l'été, le profond, le chaleureux équilibre. Et l'on ne distinguera plus aucun corps. Plus qu'une ample moisson comme une chevelure, tous les violons d'accord.

Tout alors ondoie. Tout psalmodie fortement ces paroles :

« Il ne s'agit pas tant d'une révolution que d'une révolution et demie. Et que tout le monde à la fin se retrouve sur la tête. »

Une tête noire et terrible, pleine de conséquences en petits grains pour les prés.

Un grief, une haute rancune que n'impressionne plus aucun coup de trompettes sonnant la dislocation des fleurs.











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Francis Ponge
(1899 - 1988)
 
  Francis Ponge - Portrait  
 
Portrait de Francis Ponge