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Emile Verhaeren

Les villes - Poéme


Poéme / Poémes d'Emile Verhaeren





Odeurs de suif, crasses de peaux, marcs de bitumes !

Telle qu'un lourd souvenir lourd de rêves, debout

Dans la fumée énorme et jaune, dans les brumes,

Grande de soir ! la ville inextricable bout

Et roule, ainsi que des reptiles noirs, ses rues

Noires, autour des ponts, des docks et des hangars.

Où des feux de pétrole et des torches bourrues,

Comme des gestes fous et des masques hagards


Batailles d'ombre et d'or— s'empoignent en ténèbres.

Un colossal bruit d'eau roule, les nuits, les jours.

Roule les lents retours et les départs funèbres

De la mer vers la mer et des voiles toujours

Vers les voiles, tandis que d'immenses usines

Indomptables, avec marteaux cassant du fer.

Avec cycles d'acier virant leurs gelasines,

Tordent au bord des quais — tels des membres de chair

Écartelés sur des crochets et sur des roues —

Leurs lanières de peine et leurs volants d'ennui.

Au loin, de longs tunnels fumeux, au loin, des boues

Et des gueules d'égout engloutissant la nuit ;

Et stride un tout à coup de cri, stride et s'éraillc :

Et trains, voici les trains qui vont plaquant les ponts.

Les trains qui vont battant le rail et la ferraille.

Qui vont et vont mangés par les sous-sols profonds

Et revomis, là-bas, vers les gares lointaines.

Les trains, là-bas, les trains tumultueux — partis.

Tonneaux de poix, flaques d'huiles, ballots de laine !



Bois des iles cubant vos larges abatis.
Peaux de fauves, avec, au bout, vos griffes mortes
Lamentables, cornes de buffle et dents d'aurochs
Et reptiles, lamés d'éclair, pendus aux portes.



O cet orgueil des vieux déserts, vendu par blocs,

Par tas ; vendu ! ce roux orgueil vaincu de bêtes

Solitaires : oursons d'ébène et tigres d'or,

Poissons des lacs, aigles des monts, lions des crêtes,

Hurleurs du
Sahara, hurleurs du
Labrador,

Rois de la force errante, au clair des nuits australes !

Hélas, voici pour vous, voici les pavés noirs,

Les camions brutaux, les caves humorales.

Et les ballots et les barils ; voici les soirs

Du
Nord, les mornes soirs, obscurs de leur lumière.

Où pourrissent les chairs mortes du vieux soleil.

Voici
Londres cuvant en des brouillards de bière.

Enormément son rêve d'or et son sommeil

Suragité de fièvre et de cauchemars rouges ;

Voici le vieux
Londres et son fleuve grandir

Comme un songe dans un songe, voici ses bouges

Et ses chantiers et ses comptoirs s'approfondir

En dédales et se creuser en taupinées.

Et par-dessus, dans l'air de zinc et de nickel,

Flèches, dards, coupoles, beffrois et cheminées,


Tourments de pierre et d'ombre— éclatés vers le ciel.

Soif de lucre, combat du troc, ardeur de bourse !

O mon âme. ces mains en prière vers l'or,

Ces mains monstrueuses vers l'or — et puis la course

Des millions de pas vers le lointain
Thabor

De l'or, là-bas, en quelque immensité de rêve,

Immensément debout, immensément en bloc ?

Des voix, des cris, des angoisses, — le jour s'achève,

La nuit revient — des voix, des cris, le heurt, le choc

Des acharnés labeurs, des rageuses batailles,



En tels bureaux, grinçant, de leurs plumes de fer.

Sous le pli des plafonds et le gaz des murailles,

La lutte de demain contre la lutte d'hier.

L'or contre l'or et la banque contre la banque...



S'anéantir mon âme en ce féroce effort

De tous, s'y perdre et s'y broyer !
Voici la tranque,

La bêche et le charroi qui labourent de l'or

En des sillons de fièvre.
O mon âme éclatée

Et furieuse ! ô mon âme folle de vent

Hagard, mon âme énormément désorbitée.

Salis-toi donc et meurs de ton mépris fervent !

Voici la ville en or des rouges alchimies,

Où te fondre le cœur en un creuset nouveau

Et t'affoler d'un orage d'antinomies

Si fort qu'il foudroiera tes nerfs jusqu'au cerveau !










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Emile Verhaeren
(1855 - 1916)
 
  Emile Verhaeren - Portrait  
 
Portrait de Emile Verhaeren


Biographie / Œuvres

Emile Verhaeren est né à Saint-Amand le 21 mai 1855. Fils d’une famille commerçante aisée, il appartient à la classe bourgeoise de ce village sur l’Escaut. Au sein de la famille, la langue véhiculaire est le français, mais avec ses camarades de classe de l’école communale et les habitants de Saint-Amand, il recourt au dialecte local.

A onze ans, Verhaeren se voit envoyé au pensionn

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