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Emile Verhaeren

Les rocs - Poéme


Poéme / Poémes d'Emile Verhaeren





Oh ! les rocs de Bretagne, les monstres d'ombre couchés aux portes de la mer, comme ils m'apparaissent, dans Je lointain des lieues, sinistrement habillés de marée et flagellés de tempête ! Simulacres de tortues et d'alligators, avec des moisissures d'herbes et des fumiers de coquillages entre les joints de leur carapace ; granits monumentaux faisant rêver à quelque architecture en l'honneur de l'espace et du vent ; forces définitives, tours et créneaux de solitude. Les grèves de Port Hue et de Fausse-Mort ? — Certes aussi clamantes, en cette heure d'automne, que les débâcles de plages au bout du monde ; la nuit sauvage brassant autour d'elle sa violence et arborant parmi ses faisceaux d'écueils les têtes de Méduse de ses colères ; la houle et les tonnerres d'eau rués dans les crevasses, les plumes sifflantes de l'écume en crêtes autour des pointes, et tout à coup, là-bas, l'agonie seule d'un goéland.

Une fuite dessinée de nuages ; bêtes de bourre, monstres velus, corps membraneux à étages d'antennes et de têtes. De plus en plus le ciel se bourrelé d'orage, des coins d'horizon surgissent en forges vertes, des cataractes d'encre sont déversées. Un bruit souterrain de cave retentissant gronde continûment. Du côté des villages, rien, sinon les cabanes dont les lumières patinent l'unique fenêtre : à croire que les hommes de ces terres se sont déjà mis en tombeau. Et tout à coup, par à travers cette mort volante, les cloches aux tours des paroisses sonnent, les croix tremblent aux calvaires, les croix elles-mêmes qui ont peur.



Un ange blanc de Dieu parviendrait-il à l'aplanir, ses pieds suspendus sur la mer? Ou quel signe de croix et quelle main de miracle arrêteraient des horizons en marche ? Les rafales, comme des légions, se croisent par le ciel montueux. Par poignées de haillons qu'éparpillerait un incendie noir, passent les oiseaux d'océan.

Au loin, Frehel, avec son cri d'intermittente lumière : un instant de rouge éclat, puis soudain le cri noyé. Et l'impression s'impose d'un pan de globe qui s'effondre, d'un coup de hache à travers la terre, d'un chaos qui res-surgit, vaincu depuis des siècles. L'aile énorme de la dévastation par à travers les ténèbres circule.

Oh ! les rocs de Bretagne, les monstres d'ombres couchés aux portes de la mer, les blocs voués au vent et à l'espace depuis le temps des religions monstrueuses, comme ils revivent tout le passé de la terre, là-bas, quand la vague leur prête sa voix et la tempête ses gestes créateurs.



(Société nouvelle. 1892.)










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Emile Verhaeren
(1855 - 1916)
 
  Emile Verhaeren - Portrait  
 
Portrait de Emile Verhaeren


Biographie / Œuvres

Emile Verhaeren est né à Saint-Amand le 21 mai 1855. Fils d’une famille commerçante aisée, il appartient à la classe bourgeoise de ce village sur l’Escaut. Au sein de la famille, la langue véhiculaire est le français, mais avec ses camarades de classe de l’école communale et les habitants de Saint-Amand, il recourt au dialecte local.

A onze ans, Verhaeren se voit envoyé au pensionn

Bibliographie


Chronologie