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Emile Verhaeren

La vieille - Poéme


Poéme / Poémes d'Emile Verhaeren





Comme des mains

Coupées,

Les feuilles choient sur les chemins.

Les prés et les cépées.



La vieille au mantelet de cotonnade, Capuchon bas jusqu'au menton, A sauts menus, sur un bâton, Trimballe aux champs sa promenade.



Taupes, souris, mulots et rats Trottent et radotent après ses pas. Les troncs et les taillis se parlent ; Et les oiseaux : hérons, grèbes et harles, Font comme une bataille d'ailes Et de signes, au-devant d'elle.



Sut-on jamais de quels pays elle est venue ?

Des bateleurs qui s'en venaient d'ailleurs

Un dimanche, sur les routes, l'ont reconnue.

A-t-elle aimé les Nixes d'or? Peut-être.

Mais rien n'est sûr, sinon qu'aux temps lointains,

[un prêtre Exorcisa ses mains qui foudroyaient les fleurs.



Depuis, elle a choisi sa retraite et son lot, Sur un coteau qui domine les plaines, D'où chacun sait qu'elle guette les clos, Par sa fenêtre à poussiéreux carreaux, Le soir, tout en mêlant les écheveaux De ses bontés ou de ses haines.



Son pauvre toit, là-bas, semble un oiseau broyé. Contre les dunes par quelque vent sauvage, Et qui fouille le sable, avec toute la rage De ses pattes et de ses ailes reployées. Les feuilles choient sur les chemins Immensément de bruines trempés. Comme des mains Coupées.



Qu'on l'aime ou qu'on l'exècre, elle s'en va

Sur le destin réglant son pas :

Elle est mystère ou certitude,

Selon ses vagues attitudes

Devant la joie ou le tourment ;

Ceux qui voient clair, parmi les choses ignorées,

Vous expliquent comment

Elle serait l'âme de la contrée.

Ame d'entêtement et de mélancolie.

Qui se penche vers des secrets perdus

Et se mire, dans les miroirs fendus

Des vieilles choses abolies.

Ame de soir fumeux ou de matin brumal,

Ame d'amour sournois ou de haine finaude

Qui s'en allant au bien, qui s'en allant au mal,



Y va toujours comme en maraude.

Les feuilles choient sur les chemins, Immensément de bruines trempés. Comme des mains Coupées.



La vieille sait qu'on vient vers elle.

Dès que le désespoir harcèle

Ceux qui n'ont plus, sur terre.

Qu'à mordre et qu'à ronger les os de leur misère.

Aussi, quand les bises des maladies,

Sur les fermes abalourdies.

Soufflent, aux fentes de la porte.

Et pénètrent et plus ne sortent.

Encor, si les couteaux d'orages

— Eclairs pâles, lueurs sauvages —

Fendent, de haut en bas, l'écorce

Des vieux tilleuls tuméfiés de force.

Enfin la vieille sait tout ce qu'on peut.

En ce monde, sans le secours de Dieu,

Et comme est fort le seul silence

Qui ne darde sa violence

Qu'en des yeux gris, fuyants et brusques

Où les regards, comme en des trous, s'embusquent.

Et la vieille toujours s'en va. là-bas.

Avec au-devant d'elle — ailes grandes — son ombre

Et l'infini des taillis sombres ;

Et belettes, mulots et rats

Courent sinistres et légers,

En messagers.

Devant ses pas.



Et foudre et vent et bourrasques dramatisées

Semblent, avant d'éclore, arder dans sa pensée.

Immensément, la vieille croit en elle,

Comme en une chose éternelle

D'accord avec les eaux, les bois, les plaines ;

Les flux de sa pitié ou de sa haine

Se définissent la seule cause

Du va et vient des sorts et des métamorphoses.



La nuit, quand des cheveux de lune

Baignent, lisses et froids, les épaules des dunes.

Elle s'éveille, en leur lumière bleue.

Sa volonté se darde alors de lieue en lieue.

Les vieux pays et leurs minuits de flamme

Hallucinent, si vivement, son âme

Qu'elle en devient, voyante et prophétesse

Et démêle, parfois, la joie ou la tristesse

Et les sombres ou lumineux présages

Qui font des gestes d'encre et d'or, dans les nuages.



Les feuilles choient sur les chemins Immensément de bruines trempés ; Comme des mains Coupées.



Et la vieille point ne mourra.

Soit une sœur, soit une fille.

Avec la même mante et la même béquille.

Sur les mêmes chemins continuera son pas ;

Une autre voix dira

Le mot de celle qui s'est tue,

Car la vieille de cent ans

De bourg en bourg, à travers temps,

A l'infini, se perpétue.













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Emile Verhaeren
(1855 - 1916)
 
  Emile Verhaeren - Portrait  
 
Portrait de Emile Verhaeren


Biographie / Œuvres

Emile Verhaeren est né à Saint-Amand le 21 mai 1855. Fils d’une famille commerçante aisée, il appartient à la classe bourgeoise de ce village sur l’Escaut. Au sein de la famille, la langue véhiculaire est le français, mais avec ses camarades de classe de l’école communale et les habitants de Saint-Amand, il recourt au dialecte local.

A onze ans, Verhaeren se voit envoyé au pensionn

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