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Charles d'Orléans

Charles d'Orléans - poete


Poésie / Poémes d'Charles d'Orléans





Né en 1394, Charles d'Orléans est le fils de Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, et de Valentine Visconti. Il a treize ans à peine quand son père est assassiné sur l'ordre de son cousin, le duc de Bourgogne Jean sans Peur (23 novembre 1407). Sa mère meurt l'année suivante. En décembre 1408, le jeune duc d'Orléans, émancipé par lettres du roi, consomme le mariage qui l'unissait depuis 1406 à sa cousine germaine, de six ans son aînée, Isabelle de France, fille de Charles VI, et veuve du roi d'Angleterre Richard II. Mais Isabelle meurt à son tour en septembre 1409 après lui avoir donné une fille et Charles se remarie en 1410 avec Bonne d'Armagnac, âgée de onze ans, fille du connétable Bernard d'Armagnac qui était depuis l'assassinat de Louis d'Orléans le chef du clan anti-bourguignon. Les « Armagnacs » remportent des succès militaires, et en 1414 Jean sans Peur doit demander la paix. Mais le 25 octobre 1415, à Azin-court, Charles d'Orléans, âgé de vingt et un ans, est fait prisonnier par les Anglais. Il ne sera libéré qu'en 1440. A l'exception de quelques moments où il est gardé d'assez près, sa captivité n'a rien de très rigoureux et certains de ses hôtes, comme le comte Suffolk et son frère, sont pour lui des amis. Mais il souffre de l'exil, du mal du pays, de l'impression de voir sa vie s'écouler sans profit. Il s'occupe en lisant et en composant des poèmes — quelques-uns en anglais. Sa femme meurt loin de lui.





Enfin libéré contre une énorme rançon et grâce à l'intervention du duc de Bourgogne Philippe le Bon, il épouse la très jeune Marie de Clèves, qui lui donnera plusieurs enfants, dont le futur roi de France Louis XII, né en 1462. Charles VII le regarde avec méfiance, car il a toujours eu le goût de l'intrigue : ses contemporains ont tous été frappés par son charme enveloppant et son caractère ondoyant jusqu'à la dissimulation. Dans les années qui suivent son retour en France, il s'agite, joue au grand politique, favorise des négociations avec les Anglais que le roi juge intempestives à un moment où la victoire est presque acquise. C'est que son long séjour outre-Manche a fini par le rendre anglophile et que les conditions de sa libération comme son mariage avec Marie de Clèves l'ont rapproché de Philippe le Bon. Plus tard, Louis XI ne le prendra guère au sérieux. Il meurt le 5 janvier 1465, sans avoir rencontré le grand destin politique qui aurait pu être le sien, au terme d'une vie qui est à la ressemblance de son œuvre : à la fois transparente et secrète.



A son retour de captivité, mais surtout à partir de 1451, Charles d'Orléans vit le plus souvent retiré dans son château de Blois, écrivant de nouveaux poèmes qu'il transcrit dans le recueil de ses œuvres, copié de sa main vers 1450-1455, à côté des pièces des poètes dont il s'entoure, ou des personnes de son entourage qui se transforment pour lui en poètes d'occasion, et de celles des visiteurs qui passent par Blois : René d'Anjou, Jean Meschinot, Olivier de la Marche, qui le juge dans ses Mémoires « moult bon rhetoricien », Georges Chastellain, François Villon. Le livre prend ainsi la forme d'un dialogue poétique, où aux noms illustres qu'on vient de citer se mêlent d'autres plus obscurs, souvent ceux de notables régionaux ou d'officiers de la cour ducale : Fre-det, Antoine de Cuise, Antoine de Lussay, Bertaut de Ville-bresme, Jean et Simonet Caillau, Bcnoist Damien, Gilles des Ormes, Hugues Le Voys. Les poèmes ainsi se répondent, en partant parfois du même incipit donné comme une règle du jeu : « En la forest de Longue Attente... », « Jaulier des prisons de Pensée... ».

La poésie de Charles d'Orléans est, surtout à ses débuts, d'inspiration nettement courtoise, sous l'influence du fidèle Jean de Garancières, chevalier dévoué à la maison d'Orléans et poète qui perpétue la tradition de Machaut. Son œuvre est formée pour l'essentiel de ballades et de rondeaux, auxquels viennent s'ajouter quelques complaintes, chansons et carolcs. Le recueil des ballades est introduit par un poème narratif, autobiographique dans la généralité du discours allégorique, très marqué par le Roman de la Rose, la Retenue d'Amour (1414), auquel fait pendant plus loin le Songe en complainte (1437), annonçant la Départie dAmour du poète vieillissant. Les ballades elles-mêmes s'organisent par moments en suites narratives, évoquant, par exemple, la maladie et la mort de l'aimée. D'autres évoquent la douleur de la captivité, l'espoir de la paix et de la délivrance :



En regardant vers le pais de France,

Un jour m'avint, a Dovre sur la mer,

Qu'il me souvint de la doulce plaisance

Que souloye1 oudit pays trouver.



Cette poésie est faite tout entière de la réflexion du temps sur le moi et de la réflexion du moi sur le temps. Le temps qu'il fait, tel que l'évoquent si volontiers les rondeaux (« Yver, vous n'êtes qu'un vilain... » ; « Le temps a laissié son manteau... » ; « En yver, du feu, du feu, / Et en esté, boire, boire... »). Les dates et les saisons : la Saint-Valentin, qu'il a pris en Angleterre l'habitude de célébrer, le 1er mai. Le temps qui passe et la vieillesse qui vient. La vie qui passe et la captivité qui se prolonge. Les petits plaisirs : « Dîner au bain et souper en bateau ». C'est à la fois une poésie de l'instant et une poésie qui place chaque instant dans la perspective du vieillissement. Une poésie dans laquelle le moi, modelé par le temps, est constamment marqué par une tristesse souvent habillée d'humour et par sa conséquence, ou sa tentation, le « nonchaloir ». Une poésie, enfin, où les expressions du langage quotidien (« D'Espoir, et que vous en diroye ? / C'est un beau bailleur de parolles... »), les ritournelles (« Petit mercier, petit panier... »), les proverbes (« Chose qui plaist est a demy vendue... », « De legier pleure a qui la lippe pent... »), donnent un sens et une charge d'émotion, tout en en détruisant l'emphase, à une allégorie toujours affleurante, toujours inachevée — la forêt de Longue Attente, le livre de Pensée, Mélancolie, Espoir, Souci, le dialogue des Yeux et du Cœur. Cette poésie du quotidien, du presque rien, du mot qui vous trotte dans la tête, à l'apparente facilité mélancolique et souriante, est surtout sensible dans les rondeaux et caractérise la dernière période du vieux duc, un peu agacé par la prétention pédante et les coquetteries de versification des jeunes poètes de la nouvelle école comme par les nouvelles modes vestimentaires : « Le monde est ennuyé de moy, / Et moy pareillement de lui. »







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Charles d'Orléans
(1391 - 1465)
 
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